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mercredi 31 mai 2017

Derniers jours en Lituanie






Demain 1er juin, nous serons en Lettonie pour fêter nos 43 années de mariage. Nous avons pris deux jours d’avance sur notre programme, malgré quelques chemins détournés.
Hier, nous avons par exemple fait un arrêt en un lieu des plus insolites de Lituanie : la Colline des Croix. La ferveur religieuse vient là se confondre avec l’esprit de résistance et le nationalisme, caractères propres aux lituaniens.
Si l’origine de cette colline est sujette à controverse, elle est un lieu symbolique de l’identité lituanienne. Après chaque soulèvement contre les occupants (tsariste, soviétique,…) et plus encore quant il y avait répression, les lituaniens venaient y planter des croix de bois.
 
La Colline des Croix
 A l’époque soviétique, planter une croix était un délit passible de prison. L’Armée Rouge rasa trois fois la colline, en condamna les chemins d’accès et creusa un fossé autour.

Les croix continuèrent à venir s’y accumuler, à la faveur de la nuit.
Notre guide (pas Nathalie de Gilbert Bécaud mais celui de papier) précise qu’au moment de l’indépendance en 1990, l’on comptait 40 000 croix.
En 1993, le pape Jean-Paul II est venu y célébrer une messe, autant de raisons d’y décupler les ferveurs et d’en faire un lieu de pèlerinage.


 
Non pas une colline, mais une montagne de croix, de chapelets et de prières en ex-voto


Combien sont-elles aujourd’hui ces croix ? L’on a vu les « pèlerins », venir y planter la leur, chrétienne, orthodoxe et même une étoile de David ? Elles sont certainement plusieurs centaines de mille. Mais comment les compter dans un tel amoncellement.

Depuis hier soir, nous sommes stationnés dans un petit terrain calme et agréable, à proximité d’une plage à l’eau un peu fraîche.
Nous avons passé la journée à parcourir cette curiosité géographique qu’est la presqu’île de Courlande, partagée entre la Lituanie et l’enclave russe de Kaliningrad.
....
Je vais abréger là ce post, la liaison wi-fi du camping est devenue inopérante, pour vous passer les photos de Courlande que j'avais sélectionnées.
... la suite au prochain numéro.
 Jean-Luc le 31 mai

lundi 29 mai 2017

Vilnius, espoirs et désespoirs de 1812

Le passage du Niémen



Juin 1812, Napoléon rassemble près de 500 000 hommes de 20 nations à Kaunas, où nous étions encore samedi matin. Il veut faire entendre raison à l’empereur de Russie Alexandre 1er, qui ne respecte pas le traité de Tilsit, en continuant à faire du commerce avec les Anglais.
La Grande Armée est en marche. Elle traverse le Niémen, peu après avoir pris Vilnius, le 28 juin.
 C’est l’été et cette armée plus importante en nombre et mieux équipée, marche sur Moscou de victoires en victoires. Première erreur, selon les historiens de cette période : marcher exclusivement sur Saint-Pétersbourg, la capitale plus proche, eut été un meilleur choix. L’armée russe (200 000 hommes), pratique la « terre brulée » et le repli. Les victoires semblent plus faciles et plus effectives.
Après les succès de Smolensk (le 17 août)  et de La Moskova (Borodino pour les Russes, le 7 septembre), Moscou est prise le 14 septembre. La Grande Armée ne compte plus que 100 000 hommes. Hors les nombreux tués, il y a beaucoup de prisonniers. Certains feront souche en Russie.
Le repli, dans Moscou incendié tactiquement par le nouveau général en chef russe, le vieux maréchal Koutouzov, commence dans la débâcle et le froid précoce. C’est à partir du 18 octobre, la retraite. Deuxième erreur : avoir sous-estimé l’hiver précoce et terriblement froid en Russie.
C’est Smolensk à nouveau et l’attaque frontale de Koutousov, puis le terrible passage de la Bérézina. Très vite les hommes et les chevaux meurent de faim et de froid (-30°). Certains trouvent refuges dans les carcasses des chevaux morts pour ne pas mourir gelés.

Mais il faut faire court sur un blog et non cours professoral… Je laisse à ceux que cela passionne la lecture d’une littérature surabondante sur le sujet. Les 1 700 pages (courage !) de Guerre et Paix de Léon Tolstoï suffisent à retrouver cette épopée tragique. Plus près de nous, Bérézina de Sylvain Tesson, et en plus court.
Les derniers débris de cette Grande Armée ne sont plus que 35 000, quand ils échouent épuisés dans la ville de Vilnius, à la mi décembre, les cosaques sur leurs talons.
 En quelques jours 30 000 meurent d’épuisement, de leurs blessures et de maladies (les poux et la syphilis ont sévi).
En 2002, les hasards d’un terrassement au nord de la ville, font découvrir un charnier. Aussitôt les soupçons se portent sur les nazis durant la deuxième guerre mondiale, ou le KGB depuis.
Les archéologues découvrent par des boutons et des morceaux de tissus, certains frappés de numéros de régiments qu’il s’agit de soldats napoléoniens.
En 2003, un mémorial a été inauguré pour regrouper les restes de ces 1 700 soldats et de plus de 1 000 autres sépultures retrouvées. 

Le mémorial aux soldats de la campagne de Russie, morts à Vilnius
 Cette visite dans le cimetière d'Antakalnis  au nord-est de la ville, le Père Lachaise de Vilnius a été émouvante, sous ce fort soleil de mai. 
Elle vient clore notre poursuite de l’épopée tragique des campagnes napoléoniennes, durant notre voyage.


Jean-Luc ce 29 mai



dimanche 28 mai 2017

Belle rencontre

Le rosé bien frais...hum. A charge de revanche plus loin sur la route, ou à La Ménitré

Nous savions que des amis d'amis, étaient en route vers notre destination et aux mêmes dates environ. Nous surveillions les plaques minéralogiques depuis notre départ. Les français étaient rares.
Puis hier, de retour de notre première journée à visiter le vieille ville de Vilnius, je vois un groupe de trois camping-cars, dont l'un immatriculé en 49.
A ma question un peu abrupte "Vous ne seriez pas de Beaufort par hasard?", je vois les yeux du monsieur s'agrandir. - Bien entendu que nous sommes de Beaufort, me répondit-il.
A leur aimable invitation, voilà que la conversation se meuble vite de nos itinéraires, de nos impressions et des petites nouvelles d'entre Beaufort et La Ménitré.
Pour les Ménitréens qui suivent notre blog, ils auront peut-être reconnu Joël et Nadine TAUGOURDEAU (si j'ai bien noté leur identité sur leur superbe blog : "Même pas Cap!").
Nous repartons tous demain par des chemins un peu différents, mais le but est le même: le Cap Nord, autour du solstice d'été.

Jean-Luc le 28 mai

Ca-y-est la pellicule est développée !

Je vous avais promis un rattrapage de photos, alors rien que des photos...


A Varsovie, un mémorial négligé aux victimes du ghetto... et il faut le trouver !
 C'est tout ce qui reste, hormis le musée. Le théâtre juif est actuellement en destruction, où en reconstruction ?




En Mazurie au nord de la Pologne, une magnifique église baroque... le sanctuaire de Swieta Lipka




Le plaisir d'admirer un tel décor baroque italien
Etape déjeuner


La très belle cathédrale de Kaunas, ancienne capitale de Lituanie

De la bière par 4 litres, mais pas pour nous ...
Le château de Trakaï, un beau site du sud de la Lituanie
La cathédrale de Vilnius

Vilnius, encore une beauté d'architecture baroque : St Nicolas

et de belles échappées
Une assiduité aux offices du matin comme du soir

Au marché, fraises et grosses cerises




mur peint à Vilnius
Vilnius, notre installation
Dimanche en costume traditionnel

vendredi 26 mai 2017

Cette route du nord-est

Parcours polonais



Nous entrons aujourd’hui en Lituanie, avec la sensation d’emprunter une route qui a irrigué dans les deux sens bien des espoirs conquérants, comme pour nous c’est une destination nouvelle et inconnue.
De l’est vers l’ouest, ce sont les hordes barbares d’hier et les 35 tonnes aujourd’hui.
De l’ouest vers l’est, c’est l’ambition des conquérants : Napoléon, Hitler et l’inconnu espoir des juifs vers Pitchipoï.
Mais toujours dans les deux sens ce furent des drames et des souffrances inimaginables.
Mais revenons sur notre route depuis Varsovie.
Nous avons quitté la grande route vers le nord-est, comme la Grande Armée fin 1806, à la recherche de traces, quelques monuments, des batailles de Pultusk et Golymin. Rien qu’une campagne rase, comme nous la rencontrons depuis Poznan, couverte de colza en fleur et de prairies.
Les villages et les fermes isolées sentent une certaine désolation et beaucoup de tristesse. L’on ne nous sourit pas malgré nos politesses. Les petites villes accrochées aux grands axes routiers, ont pour urbanisme des barres de logements collectifs, peu de maisons individuelles. Ce fut précédemment le cas en Saxe (ex-RDA) la semaine dernière.
Puis, enfin une jolie région de lacs et de forêt : la Mazurie. Nous y sommes restés deux nuits, en pleine forêt et avons parcouru la région toute la journée d’hier (vélo et voiture), au soleil dans une belle nature.
Pour ceux qui ont lu « Outre-terre » de Jean-Paul Kauffmann, aller sur les sites des batailles d’Eylau et de Friedland, était tentant. Nous en étions, comment dire, à une portée de canon.
Malheureusement ils sont dans l’enclave russe de Kaliningrad et l’accès est verrouillé par des conditions exigeantes de visas et d’importation temporaire du véhicule ; une montagne administrative qui suffit à décourager.
Ainsi se termine notre parcours polonais. Nous y aurons préféré les paysages du sud des Carpates et de la Petite Pologne, découverts en 1999.
Nous voilà donc arrivés, pour cet après midi et la nuit à Kaunas, ancienne capitale de Lituanie et qui ne manque pas de charme, entre ses rues pavées et ses façades défraîchies.
Désolé, pas de photo dans ce post, la pellicule n’est pas développée, mais ce sera pour la prochaine page.
Jean-Luc ce 26 mai

jeudi 25 mai 2017

Aux grands Français, la Pologne reconnaissante



Nous arrivons par un bel après-midi de soleil à Varsovie. Je retrouve quelques repères, des deux semaines que j’y avais passé en 1991, missionné par mon entreprise d’alors, pour une première prospection commerciale. La Pologne s’ouvrait toute nouvelle à l’économie de marché, avec bien des maladresses et des insuffisances de moyens, mais tellement l’envie d’entreprendre. Ce fut pour moi une belle expérience, positive sur bien des aspects. Mais c’est une autre histoire…

A gauche la tour Staline, aujourd'hui musée des sciences
 Aujourd’hui, ce sont les tours les plus audacieuses qui viennent défier la vieille tour "Staline", cadeau du protecteur d'antan et longtemps fierté nationale.

En 91, l’on m’avait découragé de prendre mes rendez-vous par téléphone (quasi toujours hors service) et conseillé de rencontrer mes contacts à l’improviste. Mais avec les difficultés linguistiques que l’on imagine. Il aurait fallu être russophone pour bien faire, le polonais restant pour moi un langage hermétique. Mes interlocuteurs faisaient venir de je ne sais où, leurs relations personnelles francophones ou anglophones et l’on se débrouillait tant bien que mal.
Aujourd’hui, trois péripatéticiens sur cinq, ou un chauffeur sur deux, évoluent en parlant seuls aux micros de leurs smartphones (de marque ALOW d’ailleurs), bien décideurs de leurs devenirs.
Nous descendons du bus au rond-point Charles de Gaulle, à l’ombre imposante de sa statue de bronze, tout en pieds… la Pologne reconnaissante…, d’avoir entre autres, accueillit en 1939 son gouvernement en déroute à … Angers, dans cet hôtel particulier aujourd’hui disparu, à l’angle du boulevard Foch et du boulevard du roi René et au château de Pignerolles.

La statue, place des insurgés

Plus loin place des Insurgés, s’impose un buste de Napoléon Ier, inauguré en 2011 et venant reprendre la place du précédent fondu par les Allemands durant la dernière guerre. 
La Pologne reconnaissante ... à l’Empereur qui lui redonna une identité entre deux longs effacements russes. Une légitimité qu’elle ne retrouvera qu’au traité de Versailles de 1919, pour la reperdre à nouveau durant la deuxième guerre mondiale, celle que l’on serait tenté d’appeler : la seconde.
Napoléon, non sans arrières pensées, dont celle de recruter des soldats, avait créé le Grand Duché de Varsovie, qui avec des annexions successives formèrent la Grande Pologne. Pour grand duc, il ne choisit pas un membre de sa famille, ou un proche, mais un prince saxon de talent : Frédéric-Auguste 1er.
Il ménagea le sabre et le goupillon intelligemment, en respectant la place essentielle de la religion et en instituant son code civil, base encore aujourd’hui du code civil polonais.
Et pour en finir avec les liens ténus, qui font des polonais de vrais francophiles, sans oublier Marie Curie au passage et ses deux prix Nobel, je finirai ma page blanche commencée sur un écran noir, par Frédéric CHOPIN.
Nous n’avons pas pu visiter sa maison de Zelazowa Wola, elle est fermée le lundi, dommage.
Depuis 2010, un musée CHOPIN est ouvert près de la belle avenue Nowy Swiat.

Le musée et institut Chopin
La présentation du grand homme et de son œuvre, est d’une grande richesse de détails.
 Personnellement, je remarque que c’est surtout le héros et le musicien polonais qui est mis en valeur. Plusieurs vérités sont tronquées : ses origines lorraines, la place de George SAND dans sa vie, ramenée à l’une de ses conquêtes féminines, alors qu’il est de notoriété qu’il ne fut pas attiré par les femmes. Mais moralité puritaine et catholique oblige en Pologne, il devait être présenté comme tel.
L’on doit également regretter l’absence de commentaires en français (ils existaient en 2011 et n'ont pas été rétablis). Je me suis permis de rappeler à l’accueil que c’était absolument anormal. CHOPIN est polonais bien sûr, mais il était aussi un musicien français. 
Son cœur est dans l’église Sainte-Croix toute proche, mais il est enterré au Père Lachaise à Paris.
Là, la Pologne n’est pas reconnaissante.
Jean-Luc le 25 mai