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mercredi 13 juillet 2016

50 ans de voyages, comme un abécédaire...



L'aventure débuta en 1967, par un voyage en auto-stop avec mon frère André (dont je ne louerais jamais assez la bonne idée qu'il eut d'investir ainsi sa prime d'installation d'instituteur), à destination d'Istanbul et à la découverte de la Grèce et de l'Italie, durant 5 semaines.
Nous étions d'une famille que seules les guerres avaient fait voyager : le papa S.T.O. dans les Sudètes durant la Seconde Guerre Mondiale, le grand-père à Salonique, en Bulgarie et en Serbie, durant la Première, voire un trisaïeul vers Moscou durant la campagne de Russie en 1812... (dernière découverte : eh bien non, un coup de pied de cheval, alors qu'il était à Paris en 1811, l'a privé de cette ballade qui aurait ravi ses descendants... s'il en était revenu -ajout sept 2016).
Sur environ 200 pays, entités administratives avant tout, nous en aurons visité un bon quart, pas toujours dans la paix des nations non plus, vous verrez.
Les seules frontières qui valent à nos yeux, ce sont celles des langues. Les frontières administratives restent celles des douaniers et souvent de leurs tracasseries. Elles laissent quand même quelques souvenirs, mais rarement les meilleurs.
Certains pays furent visités une seule fois, surtout pour moi à l'occasion d'opportunités professionnelles. Ces occasions-là m'ont toujours permis de m'évader quelques jours pour découvrir les alentours... Les pays les plus proches, nous auront donné l'occasion de plusieurs voyages, complétant et modifiant nos impressions, corrigeant le plus souvent notre a priori tenace.
Gardons à l'esprit que les souvenirs accumulés, ne sont que des visions fugitives. Elles n'ont qu'une valeur temporaire, celle des années proches du voyage. Par exemple mes premières impressions de Chine en 1996, n'avaient plus que valeurs de comparaisons quand nous y sommes allés en 2010. Les souvenirs restent bons ou mauvais, suivant les circonstances : la météo, les rencontres, l'état de santé ou de fatigue, le contexte politique.
Alors en creusant ma mémoire et en ressortant quelques photos, j'ai pensé à un abécédaire personnel, où à la manière d'un jeu que je partageais avec mon frère dans notre adolescence, les pays de nos escapades trouvent leurs places en face de chaque lettre de l'alphabet. 
Voilà donc ce chapelet de cinquante années, un temps qui passe inexorablement, mais que l'on n'entend pas arrêter de si tôt.
D'appréciation toute personnelle, j'y ajouterais quelques étoiles pour l'intérêt que nous y avons trouvé. Et comment ne pas se faire plaisir en y ajoutant une petite histoire vécue, une anecdote.
Bon voyage ensemble.



l'abécédaire, de A à Z :
A
 - l'Afrique du sud  (2*), au temps de l'apartheid.
Un voyage en 1977, riche de souvenirs heureux. Cette ségrégation, si bien organisée dans ses détails quotidiens, n'a cessé alors de nous ahurir au fil des découvertes que nous faisions.
 Nous n'imaginions pas qu'il serait un jour possible, que cette politique raciale se résolve dans des termes aussi apaisés. Remarquables Nelson MANDELA et Frederik DE KLERK, qui menèrent à bien ce miracle en 1991. Un autre voyage en R.S.A., serait certainement riche d'étonnements pour nous.
Enfin, rien n'est vraiment résolu aujourd'hui. Les pauvres restent majoritairement les "non blancs" et les "blancs" sont toujours les plus riches.

L' anecdote :
Pour aller sur la cote de l'océan Indien, nous avions choisi de prendre le train entre "Jobourg", (Johannesburg), comme disaient les expatriés en Afrique, et Durban. Mais le train devait se réserver bien à l'avance. Un wagon supplémentaire pour "white only", devait-être ajouté au train pour "non blancs" (apprécions les nuances) en milieu de semaine. Le préposés aux chemins de fer nous expliqua qu'il était beaucoup plus lent et que nous y passerions la nuit et la matinée du lendemain pour faire les 550 kms du trajet. L'une des raisons d'alors, était que la priorité revenait aux trains réservés aux blancs, puis aux trains de marchandises et enfin aux trains pour "non blancs", ce dont nous étions devenus.
Le voyage fut agréable en raison des échanges que nous avions dans ce wagon. Les passagers s'ennuyant durant ces 16 à 17 heures de voyage...prenaient plaisir à venir discuter avec nous. Ce fut Charles DUTOIT par exemple qui vint nous parler de son ascendance huguenote française (qui n'en parlait bien sûr pas la langue) et de son ancêtre arrivé dans les années 1650. Puis dans notre compartiment une gentille petite bonne femme, fermière venant du Kalahari qui entre ses pages de prières, partageait ses pâtisseries. Puritanisme prégnant, décalé pour nous, mais somme toute compréhensible de la société encore boer d'alors, elle s'évertuait à vouloir nous démontrer combien les noirs étaient inférieurs aux blancs, la preuve disait-elle : c'est écrit dans la Bible !!!!
Bien que ne l'ayant pas lu aussi assidument qu'elle, je m'empressais de lui répondre que dans notre version, aucun verset ne mentionnait une pareille certitude ! La gentille dame s'enferma, sinon dans le déni, au moins dans un doute profond.
Vint le soir. Puritanisme boer oblige, les hommes devaient pour la nuit se regrouper dans les premiers compartiments et les femmes dans les autres. Je manifestais mon désaccord, soutenu par certains passagers. Aussi fut-il convenu qu'un compartiment nous serait réservé à Rosita et moi, malgré la gène du contrôleur de devoir transgresser le règlement.


mardi 12 juillet 2016

Hier, nous étions en 1247



Commencé en 1228, le chantier fou de construction d’un château-fort de type philippien, durera bien 25 ans pour arriver à son terme.
Hier nous étions donc sur le site, visitant l’année 1247 du calendrier guédelonien ; un vrai voyage dans le temps !
Nous y étions venus il y a six ans. Les travaux avancent remarquablement et déjà la patine du temps se fait sentir sur les maçonneries que nous avions trouvées bien neuves en 2010.
Si vous vous perdez au hasard de cette belle campagne bourguignonne de Puisaye, le pays de Colette, ou si vous y allez intentionnellement, alors vous serez étonné de l’ouvrage en cours.
Cinquante salariés et deux à trois cents volontaires, jeunes, retraités, volontaires le temps d’un stage de bâtiment pur, s’ingénient avec les méthodes du XIIIème siècle, à construire ce déjà beau monument.
Le site choisi pour ce château à l’histoire et aux personnages totalement imaginaires, rassemblait les matériaux de base nécessaires : une carrière de grès pour les pierres, la terre d’argile et pour le sable ferrifère de surcroit, une forêt de chênes et de l’eau.  Seules les pierres de taille calcaire ont dues être apportées d’une carrière proche et la chaux est de fabrication industrielle. Les éléments de sécurité sont contemporains de nos normes drastiques : casques, chaussures de sécurité et cordes de levage.


Sinon aucune énergie électrique, ni moyens ou outillages modernes, sont admis sur le site.
 Les outils et les éléments métalliques sont forgés sur place, à partir du minerai de fer de la carrière, mais complété néanmoins de billettes de fer brut du commerce, pour compléter les besoins. Les forgerons et taillandiers sont à l’ouvrage.
Les éléments de charpente et les outillages, allant de la charrette du cheval, des cages d’écureuil pour monter les charges, les brouettes et manches d’outils, sont l’affaire des charpentiers.
Les cordages courants sont également réalisés sur place, comme les tuiles et les carrelages.
Les teintures naturelles sont extraites des cultures réalisées sur place, venant colorer les biaudes et les badigeons.
Le projet se veut autarcique au maximum. Sur place sont élevés cochons, oies, poules, ânes et le moulin existant restauré produit de la farine panifiable. Mais sont-ils suffisants pour nourrir tout ce monde, les 300 000 visiteurs /an compris ?
Difficile de tout résumer, mais il faut aller voir pour se rendre compte de cette belle aventure. Nous restons émerveillés par la tâche colossale des tailleurs de pierre.
Mais dépêchez-vous, la construction risque d’être achevée en 2025 !

samedi 2 juillet 2016

L’alliance du chirurgien-barbier et du marchand de cochons…



Nous descendons, par notre grand-mère paternelle Angèle CESBRON et aussi par notre grand-mère maternelle Camille CHAUVREAU, de Françoise CARTIER, née à Saint-Martin-du-bois, dans le segréen, le 11 février 1709. Elle se maria, le 10 février 1733, à Saint-Martin, au meunier René BEAUMONT de La Jaille-Yvon.

Mariage de Claude CARTIER (père de Françoise, citée ci-avant) avec Perrine CORDIER
 le 17 août 1694 à St-Martin-du-Bois
La famille paternelle CARTIER, est une famille de marchands, tandis que la famille paternelle CORDIER est une famille de chirurgiens.
Mais je reprends là, l’extrait du livre de raison de François MOREAU, édité en 1977 : « Le passé d’un village, Saint-Martin-du-bois ».
« C’était au temps du père CORDIER, sieur de l’Oncheraye, chirurgien-barbier de son état, dont la fille Perrine allait bientôt épouser Pierre CARTIER », le fils du marchand-boucher.
Vous aller comprendre avec l’histoire qui suit, comment nécessité peut faire loi, du moins s’affranchir du romantisme amoureux.
« CORDIER avait des aides pour la barbe (tarif au pouce, ou à la cuillère, qui subsista longtemps). Pour lui-même sa journée était fort remplie à donner doctes conseils, agrémentés de purgatifs et de tisanes et surtout, son gros travail était de saigner les gens du pays à grands coups de lancette. »
Les habitants de la contrée, étaient plus souvent que nécessaire, délestés par messire CORDIER, d’une pinte de sang frais, dont il savait faire bon usage.
Le docte chirurgien, chargeait son aide, dés le prélèvement fait, de l’emporter à l’officine, pour disait-il, l’examiner de près.
Ce dernier, complice de la « suporcherie », se dirigeait vers le hangar aux cochons du chirurgien, pour en administrer le contenu aux truies, toujours en attente de cette gourmandise coutumière.
« Il s’agissait là d’un dessert à première vue bien innocent. Mais il donnait à la chair de porc, un je ne sais quoi », qui incitait à vendre les porcelets bien dodus et les cochons gras « vingt sols plus cher, la livre pesante».
La tromperie était connue. Aussi, un édit provincial fut promulgué, fin XVIIème, disant :
 Qu’il n’cheptera nulz porcs de maréchal ni de barbier qu’ilz exposent en vente, jusqu’à ce qu’ilz ayent estez gardez temps compétent, scavoir ceulz aceptez du maréchal trente jours et du barbier quarante jours ».
Le siège des CARTIER, qualifiés de marchand-bouchers sera jusqu’à la Révolution, la ferme du château de La Lizière, mais avec une branche importante à La Jaille-Yvon. « Pour bien définir la profession, il faut préciser que les lois de la corporation donnaient obligation de céder l’étal et les crochets à un descendant direct, reçu maître par ses pairs. ».
Une entente cordiale fut établie entre les deux familles. Elle conduisit bien entendu au mariage de la fille du chirurgien avec le fils du boucher. Ainsi rien ne vint entraver les pratiques averties du maître-chirurgien pour le bien de tous, permettant «en famille », de mieux respecter la loi.
Chers proches, cousins, cousines, vous savez maintenant, qu’il coule dans vos veines, du sang d’ancêtres anthropophages, par cochons interposés !
 
Le château de La Lizière à St-Martin-du-Bois

Réf : « Le passé d’un village, Saint-Martin-du-bois », par François MOREAU, édité en 1977.